Michael Edwards : la poésie ne décrit pas le monde, elle l’écrit.

Le vendredi 3 février est arrivé dans nos murs un poète, professeur au Collège de France et membre de l’Académie française, pour parler de The Winter’s Tale aux spécialistes d’anglais et de poésie à tous les élèves de  prépas littéraires.

p1090450      A quoi sert la poésie ?

Art du dévoilement de ce qu’il y a de plus réel dans le réel, elle rend le monde « nouveau » à nos yeux et à nos oreilles en faisant vibrer ce surcroît de réel par sa syntaxe, ses rythmes, sa musique, ses images, et par la conversation que les mots y entretiennent en eux.

Tout poème, dit Sir Michael, fait franchir un seuil, entrer dans l’étrange et, parfois, nous met en présence de la beauté, figure d’un monde transfiguré.

Même les textes les plus nihilistes peuvent rendre grâce à cette beauté. Ainsi Job, qui maudit la nuit de sa conception :

Que soient obscures les étoiles de son aube,
Qu’elle attende en vain la lumière
Et qu’elle ne voie pas les paupières de l’aurore ! Job, 3, 9.

L’auteur de ce livre ne peut s’empêcher de faire une sorte de saut de carpe en convoquant une métaphore saisissante qui dit toute la beauté du monde. Alors même que le propos condamne sans appel, l’image finale ressaisit tout dans une épiphanie qui fait naître l’émerveillement, dont Sir Michael est le chantre joyeux.

Merci infiniment à lui !

A.N.

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Cinéma !

Les professeurs d’anglais de classes préparatoires ont emmené leurs ouailles au Caméo ce mercredi 23 novembre découvrir I, Daniel Blake, le dernier film du réalisateur britannique Ken Loach.

Il s’agit, comme toujours chez Loach, de présenter la classe ouvrière dans la grande veine du réalisme social, également représentée par Mike Leigh (The Full  Monty), Danny Boyle (Trainspotting), Stephen Daldry (Billy Elliot) et Stephen Frears (My Beautiful Laundrette)… pour ne citer que les plus connus.

Il colle à l’actualité d’une Grande Bretagne « post-welfare » avec la réduction de 12 milliards de £ du budget de protection sociale annoncée par le gouvernement conservateur de James Cameron en 2015. Une bureaucratie qui s’exonère de toute humanité traque  les fraudeurs aux  allocations accordées aux handicapés et aux invalides. Le héros du film se trouve ainsi en butte aux pires difficultés : dialogue de sourds, violence de la communication technologisée, sanctions brutales, incohérence des procédures de protection, logique d’exclusion sociale, brouillage des repères moraux.

Loach enfile comme autant de perles les étapes qui mènent à la misère et à la perte de toute dignité humaine, mais il rend également hommage aux grands thèmes de la culture ouvrière : fierté des compétences et du travail artisanal, solidarité de classe (y compris inter-générationnelle et ethnique), débrouillardise  et compassion.

Ce « cinéma du réel » nous présente un monde gris et froid, déprimant en diable, et Loach n’y va pas avec le dos de la cuillère côté pathos, mais ce discours à charge est une contreproposition dans une société britannique hyper-libérale qui retrouve ses vieux réflexes utilitaristes. La nouvelle première ministre semble avoir été sensible à ce scandale : elle a promis de s’occuper de celles et ceux qui ne s’en sortent pas, qu’elle définit comme « just about managing,  les JAMs. On se croirait en plein 1984 lexicographique !

« Words, words, words » comme dirait Hamlet ? Son Chancelier de l’Echiquier ne compte pas revenir sur les 12 milliards d’économie que ses limiers traquent dans le pays.

 

Théâââtre…

Des ateliers d’expression orale et de théâtre ont été ouverts depuis la rentrée. On y apprend à communiquer en public et on y prépare le spectacle de fin d’année, mais c’est aussi une occasion de souffler un peu lorsque le stress commence à jouer les basses continues : les séances d’impro de Madame Chouchane décoiffent grave !

Quelque chose est en marche…

Quelque peu épuisés par leur concours, les khâgneux de Georges n’en restent pas moins vaillants et bourrés d’humour…

Film Title: Fifty Shades of Grey

Mais qui sont donc ces mystérieux commentateurs ? Leurs noms vous semblent familiers ? Patience, il reste encore quelques semaines avant d’avoir un éclaircissement à ce sujet…

Shakespeare once again !

Hamlet, par le Globe Theatre de Londres en tournée mondiale, de passage à Luxembourg (décidément !) le 16 mars 2016

Yorick

Les optionnaires d’anglais étudient la pièce pour l’ENS-Lyon cette année et les attentes étaient à la mesure de l’éblouissement ressenti devant le travail de Declan Donellan dans The Winter’s Tale, mais nous avons eu droit à du théâtre de tréteaux. Avec un espace scénique restreint, peu de décors et les lumières de la salle allumées pour rappeler le Globe à ciel ouvert, la magie n’était pas vraiment au rendez-vous. Il reste que cette forme fruste de théâtre -le texte (non surtitré : heureusement que nous connaissons la pièce par cœur ! Euh…), de la musique populaire (tous les acteurs britanniques sont-ils musiciens et chanteurs ?), et un jeu aussi sincère que possible- a une force considérable.

Les scènes de théâtre dans le théâtre ont été très ingénieuses, hilarantes parfois, et les jeunes acteurs ont fait preuve d’un enthousiasme bluffant, sauf peut-être Ophélie qui semblait jouer les écolières geignardes. Les plus anciens n’étaient pas en reste, en particulier Polonius, excellent dans son jeu de vieux cabot.

Chapeau bas à la troupe qui a été jouer dans la jungle de Calais en début d’année !